EXTRÊME-ORIENT (préhistoire et archéologie) - Chine

EXTRÊME-ORIENT (préhistoire et archéologie) - Chine
EXTRÊME-ORIENT (préhistoire et archéologie) - Chine

1. Le Paléolithique et le Mésolithique

En Chine, le développement de fouilles stratigraphiques, particulièrement intense depuis 1970, a permis de relier les unes aux autres des découvertes jusqu’alors ponctuelles, isolées ou lacunaires. Des systèmes culturels dominants, intégrés dans des paléo-environnements variés, ont ainsi pu être identifiés et replacés dans une dynamique évolutive.

Le Paléolithique

Le Paléolithique inférieur

Le développement culturel durant le Paléolithique inférieur est le résultat d’un long processus qui commença sur le territoire chinois il y a un million d’années et se termina voici 200 000 ans. Les plus anciens vestiges d’occupation humaine sont encore très mal connus; ils dateraient de la fin du Pléistocène inférieur. Les premières traces d’Homo erectus , identifiées en Chine du Nord sur les sites de Xihoudu au Shanxi, de Lantian au Shaanxi, de Xiaochangliang et de Donggutou au Hebei, en Chine du Sud à Yuanmou au Yunnan, se rattachent également à cette période. Sur ces différents sites, l’outillage lithique, souvent atypique et multifonctionnel, est caractérisé par des industries sur éclats où dominent les grattoirs, les lourdes pointes triangulaires et les galets aménagés.

Le plus ancien gisement, mis au jour à Xihoudu et remontant à 1,8 million d’années, ne peut dans l’état actuel de nos connaissances être comparé à aucun autre vestige paléolithique chinois. Le site de Lantian, où fut identifié en 1963 l’Homo erectus lantianensis , est mieux connu. Son industrie lithique assez primitive, marquée par des grands éclats et des pointes, serait à l’origine de celle de Dingcun appartenant au Paléolithique moyen. Des vestiges fossiles de trente-huit espèces de mammifères y ont été reconnus, qui sont parmi les plus importants pour la paléo-zoologie chinoise. Les premiers vestiges d’hominidés (Homo erectus yuanmouensis ) découverts en Chine du Sud seraient postérieurs (environ 1,6 à 1,7 million d’années).

Le Pléistocène moyen, qui constitue le principal horizon du Paléolithique inférieur chinois, est beaucoup mieux représenté, en particulier sur le gisement 1 de Zhoukoudian près de Pékin, où de nombreuses campagnes de fouilles furent menées depuis 1929. Ce gisement, par sa fréquentation humaine qui couvre une période d’environ 300 000 ans, par l’abondance de sa faune et de ses vestiges archéologiques (près de 200 000 outils en pierre), est l’un des plus importants de tout le Paléolithique chinois. L’outillage, plus diversifié que sur les sites antérieurs, comporte un fort pourcentage de petits outils, lointains précurseurs des industries proto-microlithiques du Paléolithique moyen. Parmi les nombreux autres sites rattachés à cette phase, Kehe et Nanhaiyu au Shanxi, Gongwangling au Shaanxi et le niveau inférieur de Jinniushan au Liaoning fournissent des données de base pour l’analyse des modes de relations interculturelles au Pléistocène: les pointes et galets aménagés assez grossiers de Kehe seraient issus de Lantian, alors que la technique de débitage employée à Jinniushan se rattacherait à l’industrie de Zhoukoudian 1; le matériel de Gongwangling, assez proche de celui de Kehe, serait une préfiguration du Paléolithique moyen de Dingcun. Les assemblages de Chine du Sud, peu influencés par la tradition de Zhoukoudian, sont caractérisés par de grands éclats, souvent plus retouchés qu’en Chine du Nord. Les plus importants proviennent de la grotte de Guanyin au Guizhou, et du site de Shilongtou au Hubei.

Le Paléolithique moyen

Les cultures de cette période associée à l’émergence de l’Homo sapiens neandertalensis à la fin du Pléistocène moyen et au début du Pléistocène supérieur, semblent s’être développées directement à partir d’une base paléolithique inférieure indigène, dont elles conservent de nombreux traits (outils sur éclats, pointes, galets aménagés, retouches unifaciales). Dans l’ensemble, cependant, les types se régularisent et un plus grand soin est apporté aux techniques de préparation et de débitage des outils. Une vingtaine de sites ont été identifiés, parmi lesquels en Chine du Nord: le gisement 15 de Zhoukoudian près de Pékin, Jiangjiawan et Sigoukou au Gansu, Xujiayao et Dingcun au Shanxi, Dali (qui serait le plus ancien) et Yaotougou au Shaanxi, et Gezidong au Liaoning; en Chine du Sud: Tongzi au Guizhou et Maba au Guangdong.

La faune et l’outillage de Jiangjiawan forment une transition entre la culture de Lantian et celle de Shuidonggou du Paléolithique supérieur, que préfigurent également les vestiges de Yaotougou, découverts en 1972.

Le site de Xujiayao, vieux de 60 000 à 30 000 ans et fouillé de 1974 à 1977, est l’un des plus importants de cette période par l’abondance de son matériel héritier de Zhoukoudian (plus de 14 000 instruments en pierre et en os, souvent retouchés et d’assez petite taille) et par son rayonnement culturel. Ce serait en effet l’un des principaux ancêtres de la tradition microlithique de Chine du Nord. Gezidong, premier site paléolithique découvert en Chine du Nord-Est, est généralement considéré comme l’une des extensions de la tradition lithique de Zhoukoudian.

Les fossiles de l’homme de Tongzi, dont l’outillage rappelle celui de Guanyindong rattaché au Paléolithique inférieur, sont jusqu’à présent les seuls connus sur le plateau du Yunnan-Guizhou.

Le Paléolithique supérieur

Le Paléolithique supérieur, caractérisé par l’Homo sapiens sapiens , s’inscrit dans un horizon du Pléistocène final, période au cours de laquelle se formèrent les dépôts lœssiques de la Chine du Nord. L’homme de Liujiang au Guangxi et celui de la grotte supérieure de Zhoukoudian (vers 16 922 avant notre ère) sont les premiers mongoloïdes connus.

En Chine du Nord, la tradition de Xujiayao et Zhoukoudian 15 donne naissance à une industrie dite proto-microlithique. L’utilisation de techniques de taille indirecte et du débitage par pression contribuent à diversifier et à fixer les types. Les lames occupent désormais une place importante dans les assemblages. Des techniques primitives de polissage et de perforation font leur apparition (pendeloques en pierre, aiguilles en os).

La culture de Hetao (dite de l’Ordos), identifiée au début du siècle sur des sites comme Shuidonggou au Ningxia, Dagouwan et Salawusu (Sjara-osso-gol) en Mongolie intérieure, correspond à une phase ancienne, de même que les sites de Shiyu au Shanxi (env. 26 950 梁 220 av. J.-C.), de Liujiacha au Gansu, et de Xiaonanhai au Henan (env. 22 150 梁 500). La même tradition se poursuit dans les phases terminales du Paléolithique supérieur, à Xiachuan au Shanxi (env. 21 950-14 450 avant notre ère), et sur le site plus récent de Hutouliang au Hebei. Le matériel est alors presque exclusivement composé de microlithes: lames taillées par percussion indirecte à partir de nuclei coniques ou naviformes, couteaux à bords abattus, burins en bec de perroquet, petites pointes triangulaires ou foliacées à retouches bifaciales, grattoirs à tranchant circulaire débités par pression.

En Chine du Sud, des sites importants, moins influencés par la tradition microlithique, ont été identifiés à Fulin et à Tongliang au Sichuan, ainsi qu’à Xiaohui et à Maomaodong au Guizhou; des découvertes plus ponctuelles ont également été faites au Yunnan, au Guangxi et au Tibet.

Le Mésolithique

Les cultures autrefois attribuées au Mésolithique en Chine du Sud étant actuellement plutôt rattachées au Néolithique, la plupart des vestiges de cette période encore mal connue proviennent de Chine du Nord. Le concept de culture microlithique, qui a longtemps défini le Mésolithique, est aujourd’hui remis en question, et l’on tente d’isoler des cultures à microlithes, dont le cadre chronologique dépasse largement celui du Mésolithique. Principalement distribuées dans le Nord-Est, en Mongolie intérieure et au Xinjiang, ces cultures seraient cependant originaires de Chine du Nord, où les sites de Zhiyu au Shanxi, de Shayuan au Shaanxi, et de Lingjing au Henan continuent la tradition de Shiyu.

D’autres vestiges ont été mis au jour au Tibet, au Yunnan et au Guangdong, mais leur date est incertaine. Dans l’ensemble, l’apparition de l’agriculture semble avoir entraîné le déclin des industries microlithiques, bien que leur existence soit encore attestée au Néolithique, à l’âge du bronze, et même jusqu’au début de notre ère.

2. Le Néolithique

Si les premières manifestations du Néolithique, datées du début de l’Holocène, restent mal cernées, notre connaissance de ses phases ultérieures a considérablement évolué grâce à la multiplication des fouilles. Des données de plus en plus précises ont ainsi conduit à rejeter l’ancienne vision monolithique d’une civilisation chinoise centrée sur le bassin du fleuve Jaune, en permettant d’identifier, sur l’ensemble du territoire chinois, plusieurs foyers régionaux, dans une large mesure interactifs, et dont la définition s’ajuste peu à peu en fonction des nouvelles découvertes.

Actuellement, trois systèmes culturels principaux, Yangshao, Qujialing et Dapenkeng, à chacun desquels correspond approximativement une région, ont été mis en évidence. Leur localisation montre l’existence de deux zones privilégiées, l’une au nord dans la vallée du fleuve Jaune, l’autre au sud dans la vallée du Yangzi et le long de la côte orientale chinoise.

La Chine du Sud: la naissance du Néolithique

C’est en Chine du Sud-Est, entre 10 000 et 5000, que semblent émerger du Mésolithique les premiers sites néolithiques chinois. Les vestiges, caractérisés par une industrie lithique sur galets associée à une céramique grossière cordée et à un outillage en coquillage et en os (pointes et harpons), présentent des parentés avec le Mésolithique hoabinhien et le Néolithique bacsonien d’Asie du Sud-Est. L’économie est toujours celle de chasseurs-cueilleurs-pêcheurs, et la domestication des plantes et des animaux reste hypothétique, quel que soit le type de site: grottes à Xianrendong au Jiangxi, à Zengpiyan au Guangxi, et à Wengyuan au Guangdong; amas coquilliers à Dongxing au Guangxi et à Shiweishan au Guangdong; campements à Xijiaoshan au Guangdong.

La Chine du Nord: le pré-Yangshao

Des vestiges du Néolithique ancien, datés du VIe millénaire, ont été découverts, surtout depuis 1975, dans un milieu naturel très différent de celui du Sud.

Dans le Nord, on reconnaît la culture de Peiligang au Henan central, datée d’environ 5500 à 4900 avant J.-C., et celle de Cishan (env. 5400-5100) dans le sud du Hebei et dans le nord du Henan. Les établissements sont encore de petite taille, et caractérisés par un habitat en fosse à deux paliers. Des grains de millet Setaria italica constituent les plus anciens témoignages de l’agriculture dans la vallée du fleuve Jaune. L’existence d’une économie agricole est d’ailleurs confirmée par l’outillage lithique, le plus souvent poli: des meules tripodes ou quadripodes accompagnées de longs rouleaux, des houes à double tranchant arrondi, et des faucilles dentées. Les céramiques, assez grossières, sont décorées d’impressions cordées ou de vannerie, de motifs géométriques gravés ou de mamelons en relief; plats ovales, présentoirs en forme de botte (à Cishan), écuelles tripodes ou à fond rond, et jarres préfigurent certains des types du Yangshao. Des ossements de porc et de chien ont été mis au jour sur plusieurs sites.

Les niveaux pré-Dawenkou fouillés à Beixin au Shandong (env. 5000-4300 av. J.-C.) attestent des relations à la fois avec les cultures de Peiligang et de Cishan et avec le Yangshao ancien.

Dans le Nord-Ouest, les vestiges assez similaires de Laoguantai au Shaanxi et de Dadiwan au Gansu, datés d’environ 5850-5400, annoncent plus fortement encore certaines des caractéristiques du Yangshao ancien, comme les bols à ouverture peinte en rouge.

Le Néolithique de la Chine du Nord

Types et variantes de la culture de Yangshao

Première culture néolithique mise en évidence en Chine grâce à la découverte en 1921 du site éponyme au Henan, c’est aussi l’une des plus complexes dans la mesure où le millier de sites recensés jusqu’à présent couvre plus de deux millénaires (env. 5150 à 2960 av. notre ère).

Divers horizons culturels ont été identifiés à l’intérieur de ce vaste ensemble longtemps défini par ses céramiques peintes, et dont l’économie se caractérise globalement par une agriculture sur brûlis fondée sur le millet et par la domestication du chien et du porc.

Le premier horizon, centré sur le Shaanxi, le Henan et le Shanxi, comporte quatre phases: Beishouling (env. 5150-5000) et Banpo (env. 4800-3600) au Shaanxi, Miaodigou I (env. 3900-3000) au Henan et Xiwangcun (env. 3700-2700) au Shanxi.

Les sites de type Banpo, édifiés suivant un plan organisé en zones concentriques et délimités par un fossé, révèlent une occupation humaine répétée mais encore intermittente, et un début de séparation des zones artisanales. Les formes céramiques les plus courantes sont des bols à fond rond, des bassins à marli et des bouteilles à fond pointu, le plus souvent ornées de motifs cordés ou incisés. Les décors peints sont encore peu nombreux; le plus original est composé d’un masque humain combiné à des poissons. Sur certains récipients, des marques peintes ou gravées ont été interprétées comme une écriture primitive. En dehors du millet, on cultivait le chou chinois Brassica sinensis , qui est le légume le plus anciennement connu en Chine du Nord. La tradition de Miaodigou consacre l’apparition de nouvelles formes céramiques: présentoirs ajourés et jarres à ouverture resserrée. Les motifs peints sont plus diversifiés: bandeaux hérités de Banpo, jeux d’arcs, de spirales et de motifs réticulés ou ponctués, parfois associés à des grenouilles ou à des oiseaux.

Le second horizon regroupe d’autres variantes régionales, principalement au Henan et au Hebei. La tradition de Hougang, qui fait suite à celle de Wanggang dans le nord du Henan, serait contemporaine de la deuxième partie de la phase Banpo. Dans la région de Luoyang-Zhengzhou, les traditions de Wangwan et de Dahecun-Qingwangzhai, où dominent les tripodes ding , rappellent le Miaodigou par un large usage des motifs peints sur engobe blanc (étoiles à six branches, croix, «sapèques» et dents de scies). Plus au nord, le Hebei se manifeste par le type Dasikong: une céramique dont le décor combine des arcs de cercle, des points et des crochets.

La culture de Majiayao

Extension occidentale du Yangshao dans la région du Gansu-Qinghai et en Mongolie intérieure, la culture de Majiayao (env. 3100-2050 av. notre ère) présente une séquence de trois phases probablement issues de Miaodigou: Majiayao, Banshan et Machang, précédées par la tradition de Shilingxia (env. 3815 梁 175). Les motifs linéaires couvrants qui ornent les céramiques de type Majiayao sont empreints d’un dynamisme ailleurs inégalé. Le tour lent fait son apparition dans les phases tardives.

La culture de Longshan de la plaine centrale

La culture de Longshan regroupe des types très variés que l’on croyait autrefois issus d’un centre unique et qui correspondent plutôt à deux traditions différentes, l’une de la côte orientale (qui culminera dans le Longshan du Shandong), l’autre de la plaine centrale. Cette dernière, dont la région d’origine devait se situer à l’est du Yangshao, se serait peu à peu développée vers l’ouest où, de son contact avec le Yangshao au Henan, serait née une nouvelle culture.

La phase la plus ancienne, dite de Miaodigou II (env. 2780 梁 145 av. J.-C.), assure la transition avec les types Xiwangcun et Dahecun, dont elle reprend de nombreuses formes céramiques. Les terres cuites grises non peintes qui deviendront caractéristiques du Longshan s’imposent peu à peu, et des formes nouvelles d’outillage apparaissent: bêches en bois à deux dents, couteaux semi-lunaires, faucilles en coquillage. L’élevage se développe avec la domestication du bœuf et du mouton qui s’ajoute à celle du chien et du porc.

La culture de Longshan proprement dite comporte trois groupes régionaux: le Longshan du Henan (env. 2625-2005), défini par les sites de Wangwan III, Hougang II, Wangyoufang, Sanliqiao et Xiawanggang; le Longshan du Shaanxi, ou culture de Kexingzhuang II; et la culture de Taosi (vers 2450). La céramique est généralement grise, plus rarement rouge, noire ou blanche. L’usage du tour se répand, généralement en association avec d’autres techniques comme le moulage (pour la partie inférieure des récipients) et le façonnage. Les formes typiques, à décor appliqué ou imprimé de motifs cordés ou de vannerie, sont alors des tripodes et des vases pour la cuisson à la vapeur.

L’outillage en coquillage et en bois continue à se développer à côté d’un type de houe plate rectangulaire en pierre polie. Le blé et l’orge sont cultivés conjointement au millet.

L’étude des sépultures révèle une différenciation croissante des richesses. Des inhumations dans des fosses de stockages ou des dépotoirs abandonnés sont particulières à ces cultures. L’apparition de tombes de couples traduirait le passage à une structure sociale patrilinéaire. L’habitat également se perfectionne, avec des maisons à sol chaulé comprenant une ou deux pièces. On voit poindre alors la civilisation urbaine de l’âge du bronze, que semblent préfigurer les sections de murs d’enceintes en terre damée mises au jour à Wangchenggang et à Pingliangtai, ou encore les symboles phalliques et les os divinatoires découverts sur de nombreux sites.

Les tombes de Taosi, qui renferment des plats, des tambours et autres objets en bois peints de motifs de dragons, ainsi que des pierres musicales (parmi les plus anciennes connues), sont d’ailleurs parfois attribuées à une phase post-Longshan, ou même déjà Xia.

La Chine du Nord-Est

Ouverte sur les steppes, la Chine du Nord-Est a, elle aussi, développé un faciès culturel propre, né du mélange d’une tradition microlithique avec les influences des cultures du fleuve Jaune. La pêche et l’élevage prédominent, ainsi que les microlithes (souvent très retouchés) et les outils taillés par percussion. La tradition des poteries peintes voisine avec celle, locale, de céramiques grossières cordées ou à décor géométrique imprimé, représentées par de grands récipients cylindriques à ouverture droite ou oblique. La plus ancienne culture de la région est celle de Xinle, qui règne en Mongolie intérieure et en Mandchourie du Sud autour de 5000 avant J.-C.

La culture de Hongshan, qui lui fait suite au Liaoning au IVe millénaire, fait actuellement l’objet de nombreux débats quant à son origine. Issue, selon les uns, d’un croisement entre le Microlithique du Nord et le type Hougang du Yangshao dont elle conserve certaines formes de poteries peintes, elle serait, selon d’autres, un développement possible de la culture de Cishan. Les découvertes exceptionnelles faites en 1981 à Dongshanzui et Niuheliang viennent de relancer la question en ouvrant des perspectives nouvelles. Les principaux vestiges sont ceux d’un «temple», comportant deux ailes de pierre et une partie centrale donnant sur un autel circulaire, près duquel furent mis au jour des fragments d’enduit peint et des statuettes humaines en terre cuite. De telles représentations sont inattendues en Chine où les thèmes ornementaux ne laissent à cette époque qu’une place minime à l’homme. Les jades sculptés en forme de dragons, de tortues, de cigales et d’oiseaux, mis au jour dans des sépultures, posent le même problème d’interprétation.

La culture de Fuhe (3550 à 3250 av. J.-C.), qui prolonge Hongshan par de nombreux traits, a livré des omoplates de moutons, brûlées à des fins divinatoires, qui sont les plus anciennes connues. Approximativement contemporaine, la culture de Xiaozhushan, au Liaoning, montre des liens avec le Shandong par sa céramique dure tournée rappelant celle de Dawenkou.

Le littoral chinois du Shandong au Zhejiang

La culture de Hemudu

La culture de Hemudu (env. 5008-4773 av. J.-C.), du nord du Zhejiang, révèle une tradition très différente de celle de la vallée du fleuve Jaune, fondée sur la riziculture. De nombreux grains de riz (Oryza sativa indica ), qui comptent parmi les plus anciens au monde, ont été en effet mis au jour sur le site, ainsi que vingt autres espèces végétales (châtaigne d’eau, nénuphar, légumes, etc.), remettant en cause l’hypothèse d’une origine indienne du riz chinois. Ce riz était cultivé en champs inondés à l’aide d’une sorte de houe fabriquée à partir d’omoplates d’animaux perforées et munies d’encoches pour l’emmanchement. Des restes de quarante-sept espèces animales ont été identifiés: chien, porc et buffle étaient domestiques, rhinocéros, crocodiles, tortues, poissons, pélicans, etc., probablement chassés à l’aide des multiples pointes de flèche et des harpons trouvés sur le site.

Des vestiges d’un habitat lacustre composé de constructions de bois assemblées à tenons et mortaises et montées sur pilotis ont été mis au jour. La gravure et la sculpture sur bois semblent d’ailleurs avoir été développées et nous ont laissé des décors végétaux et animaux originaux, que l’on retrouve aussi sur certaines terres cuites. Un bol, découvert en 1973 dans les niveaux inférieurs du site, serait, si des analyses confirment sa composition, le plus ancien exemple de laque connu en Chine. Dans l’ensemble, la céramique est assez grossière et poreuse et comporte dans son dégraissant des fragments de balle de riz carbonisée. L’étude anthropologique a révélé l’existence possible de liens avec les anciens habitants de certaines îles du Pacifique.

La culture de Dawenkou

Identifiée en 1959 au Shandong, mais également attestée dans le nord du Jiangsu et de l’Anhui, au Henan oriental et au Liaoning, la culture de Dawenkou (env. 4450-2500 av. J.-C.) comporte trois phases successives: Liulin, Huating et Dawenkou, principalement attestées par des nécropoles, et dont l’économie était fondée sur le millet. Les deux premières phases sont représentées par de hauts gobelets tubulaires sur pieds (gu ), associés à des tripodes, à des jarres à deux anses et à un modèle de coupe sur pied ajouré très répandu dans les cultures méridionales. Certains motifs peints témoignent de rapports avec le Yangshao, qui devaient d’ailleurs avoir lieu dans les deux sens, puisque des céramiques de type Dawenkou sont aussi présentes sur des sites Yangshao du Henan.

La céramique rouge façonnée de ces premières phases sera peu à peu remplacée par des terres cuites grises tournées, et par de très fines terres cuites blanches appelées «coquille d’œuf», dont les formes semblent avoir largement rayonné. On retrouvera ainsi les pichets gui à trois pieds bulbeux si caractéristiques de la dernière phase dans des cultures plus méridionales comme Liangzhu et Shixia.

Le mobilier funéraire montre une différenciation croissante des richesses. Des objets en os, en corne et en ivoire finement travaillés (aiguilles, peignes et tubes incrustés de turquoise, épingles à cheveux) proviennent des tombes. Certains de ces matériaux précieux, rencontrés aussi à Songze, seraient le fruit d’échanges avec d’autres systèmes culturels. De nombreux squelettes présentent des déformations crâniennes associées à l’extraction des incisives supérieures, pratique largement répandue dans le Sud.

La culture de Longshan du Shandong

Identifiée en 1928 sur le site de Changziyai au Shandong, cette culture, issue de Dawenkou (env. 2405-1810 av. notre ère), constitue le point d’aboutissement de la tradition côtière du Longshan. La céramique, le plus souvent tournée, comprend une forte proportion de terres cuites noires «coquille d’œuf» finement polies que l’on croyait autrefois typiques du Longshan dans son ensemble. Les motifs de nuages qui décorent certaines d’entre elles ainsi que les masques animaliers qui ornent des haches en jade laissent supposer des contacts avec les civilisations de l’âge du bronze dans la plaine centrale. Des fragments de petits bronzes ont été mis au jour, mais leur appartenance à des niveaux Longshan est contestée.

La culture de Qingliangang

Reconnue sur le site éponyme en 1951 dans le nord du Jiangsu, cette culture, dont l’antériorité par rapport au Longshan a été démontrée, constitue, à côté de Yangshao et de Dapenkeng, l’un des trois grands centres de développement du Néolithique chinois. Plus de 600 sites ont été recensés, tant au Jiangsu, qui semble en avoir été le cœur, que dans l’Anhui et dans les provinces côtières du Shandong et du Zhejiang. Son découpage interne varie selon les auteurs.

On distingue deux traditions principales. La première, dite du Jiangbei , regroupe les sites du Nord, où ils constituent, dans la mouvance de Dawenkou, une sorte de zone de recouvrement entre les traditions côtières et celles de la plaine centrale. La seconde, dite du Jiangnan («au sud du fleuve»), s’inscrit plutôt dans la continuité de Hemudu, et comporte plusieurs phases, dites de Qingliangang ou de Caoxieshan, auxquelles est parfois rattachée la culture de Majiabang.

La tradition du Sud (env. 4800-3600 av. notre ère), fondée sur la riziculture, manifeste une grande continuité dans le matériel archéologique. L’outillage lithique se compose d’instruments finement polis: haches plates, rectangulaires et perforées, herminettes, haches à épaulement, etc., souvent associés à des outils tranchants fabriqués à partir de mandibules de cerf. Les jades (disques bi , cylindres cong , anneaux), soigneusement travaillés, sont les plus anciens du Néolithique.

L’usage du tour, le montage de récipients par assemblage de pièces multiples, la préférence pour des formes hautes sur pied sont autant de traits propres à la tradition côtière dans son ensemble, et qui ne furent probablement pas étrangers aux premières manifestations de l’art Shang.

La culture de Majiabang

Autre héritière de Hemudu, la culture de Majiabang, centrée sur la région rizicole du lac Taihu, comporte trois phases principales, Majiabang, Songze et Beiyinyangying inférieur, caractérisées par une économie fondée sur la culture du riz et de la châtaigne d’eau, l’élevage du bœuf et du buffle, la chasse et la pêche, et par un habitat lacustre en bois. L’usage du tour, apparu à Majiabang, se développe durant la phase Songze (env. 4746-3655 av. J.-C.), et la céramique se caractérise alors par un décor peint en jaune et en vermillon.

La culture de Liangzhu

Approximativement contemporaine du Longshan de la plaine centrale, et culturellement liée au Longshan du Shandong, la culture de Liangzhu (env. 3310-2250 av. J.-C.) fait suite à la tradition de Qingliangang-Majiabang dans le nord du Zhejiang et dans le sud du Jiangsu dans la région du lac Taihu. Deux espèces de riz (Oryza sativa indica et japonica ) sont cultivées, ainsi que des variétés de pêches, de châtaignes d’eau, de melons et de cacahuètes. La houe triangulaire, parfois considérée comme une forme primitive d’araire, est typique de la région. Les céramiques les plus courantes sont des terres cuites fines à engobe noir: tripodes ding macropodes, pichets gui , coupes sur pied ajouré, verseuses zoomorphes également attestées au Shandong. Certaines pièces sont peintes en rouge sur fond noir de courbes, poissons ou oiseaux. Le décor des cylindres cong en jade, composé de paires d’yeux disposés de part et d’autre de l’arête des angles, préfigure les masques de taotie Shang. Des paniers en bambou et des cordes tressées à partir de fibres de bambou sont probablement les plus anciens témoignages d’un artisanat de ce matériau en Chine. Le textile (chanvre et soie) semble aussi avoir été développé. L’analyse des squelettes montre, comme à Dawenkou, la pratique d’extractions de dents et de déformations crâniennes.

Les traditions du moyen Yangzi (sud du Henan, Hubei, Hunan)

Les vestiges trouvés dans cette région, située à la croisée des deux traditions du millet et du riz, montrent qu’elle a conservé des liens plus étroits avec la plaine centrale que les autres provinces plus méridionales.

La culture de Daxi (env. 2995 梁 195 av. J.-C.), principalement attestée au Sichuan, dans le sud-ouest du Hubei et dans le nord du Hunan, présente des parentés avec les cultures de Qujialing et de Yuanshan (coupes sur pied perforé, tripodes ding et supports incisés). L’outillage associe de nombreux outils en pierre taillée à des ciseaux et à de grandes haches polies. La céramique rouge à dégraissant composé de balles de riz domine, mais on trouve aussi des terres cuites grises, noires ou blanches, toutes façonnées à la main. Les poteries peintes montrent des liens avec la tradition Miaodigou de Yangshao.

La culture de Qujialing (env. 2750-2650 av. J.-C.), centrée sur le nord Hubei et le sud-ouest du Henan, s’étend aussi plus au sud, où elle coexiste avec la culture de Daxi dont elle reprend la céramique façonnée, noire puis grise, tandis que certaines pièces «coquille d’œuf» et des coupes sur haut pied témoignent de rapports avec le Longshan de la plaine centrale.

La dernière phase de cette séquence est définie par la culture de Qinglongquan III (env. 2430 梁 150 av. J.-C.), dite Longshan du Hubei, durant laquelle la céramique grise façonnée à décor de vannerie domine.

La Chine du Sud-Est

C’est dans cette région mal connue que fut identifié le troisième complexe culturel majeur du Néolithique chinois, faisant suite, après un long hiatus, aux assemblages du IXe millénaire représentés à Xianrendong et Xiqiaoshan.

L’amas coquillier de Fuguodun sur Quemoy, bien que n’ayant fait l’objet que de brèves investigations, permit de mettre en lumière l’existence au Fujian et à Taiwan, d’une industrie céramique antérieure à 5000 avant notre ère, marquée par des terres cuites grossières à décor imprimé.

La culture de Dapenkeng au Fujian, au Guangdong et dans le nord de Taiwan (env. 4000-2500 av. J.-C.), et celle de Yuanshan à Taiwan pourraient être dérivées de Fuguodun. Les deux cultures témoignent d’une tradition locale originale, à la différence de la culture de Fengbitou dans le sud de Taiwan, très influencée par le courant longshanoïde côtier, et dont de nombreux traits réapparaîtront dans les cultures ultérieures.

Les assemblages, très caractéristiques, comportent une céramique cordée et des galets aménagés associés à des herminettes polies, rectangulaires ou à épaulement et à des pointes de flèche perforées ou à soie. L’économie repose sur une agriculture des tubercules.

La culture de Shixia (env. 2865-2480 av. J.-C.), reconnue en 1972 au Guangdong, serait issue de Dapenkeng, avec des apports de la vallée du Yangzi. Elle se particularise par des pratiques funéraires de double incinération. Son économie, comme celle des cultures qui la précèdent (Shanbei) et qui lui font suite (Tanshishan), repose sur la chasse, la pêche et la riziculture. L’outillage, spécifique, comporte des houes triangulaires en pierre et des pelles perforées à tranchant arrondi en coquillage. La céramique, assez dure, a livré un grand nombre de bassins sur pied à ouverture à degrés, à décor cordé, géométrique appliqué ou gravé. Les jades ornés de paires d’yeux préfigurant un masque sont les mêmes que ceux de Liangzhu.

La Chine du Sud-Ouest

Les données dont nous disposons actuellement pour cette région sont encore très lacunaires. Les découvertes les plus intéressantes ont été faites ces dernières années au Yunnan et au Tibet.

Au Yunnan, les principaux vestiges sont centrés sur la région du lac Erhai et représentés par la culture de Baiyangcun (env. 2165-2050 av. notre ère), fondée sur une économie d’agriculteurs sédentaires pratiquant la riziculture associée à d’autres céréales, mais aussi la chasse, la pêche et l’élevage. L’outillage, principalement poli, comporte des couteaux semi-lunaires, des faucilles dentées et des tampons en pierre pour imprimer la céramique.

Au Tibet, des vestiges postérieurs au Microlithique ont été mis au jour, en particulier à Karuo près de Chamdo. Ce site définit la culture du même nom (3000-1900 av. J.-C.). Des grains de millet ont été découverts associés à des ossements d’animaux sauvages (cerf, chèvre et renard) et de porc, peut-être domestique. Une forme particulière d’habitat semi-souterrain en pierre ainsi que des plates-formes circulaires et des cercles de pierre ont été dégagés, en relation avec des microlithes, des outils taillés par percussion ou polis, et une céramique façonnée à décor incisé, appliqué ou imprimé. Certains traits propres à Karuo se retrouvent en bordure orientale du plateau tibétain, à Lizhou au Sichuan, et à Dadunzi au Yunnan (parfois aussi rapproché de Baiyangcun).

3. Les débuts de l’âge du bronze

La transition du Néolithique à l’âge du bronze, liée au développement d’une société étatique reposant sur le rayonnement d’un pouvoir centralisé au sein de «cités-palais», reste mal cernée et soulève des divergences de vues entre spécialistes. L’une des questions majeures porte sur la ou les origines de la métallurgie chinoise: la métallurgie Shang, qui apparaît en pleine possession de ses moyens sans qu’on puisse véritablement en retracer la genèse, est-elle d’origine indigène, ou bien s’est-elle peu à peu développée à partir de prototypes importés de cultures plus occidentales? Peut-on établir un lien entre les vestiges d’un âge du bronze naissant, mis au jour dans le Nord-Ouest chinois, et les plus anciens des vestiges de la plaine centrale, qui témoignent déjà d’une grande maturité? De nombreux jalons, tant chronologiques que géographiques, manquent encore pour répondre à ces questions. L’existence de gisements de cuivre et d’étain à proximité des grands centres métallurgiques Xia et Shang, la relation de continuité que l’on peut établir entre les techniques céramiques propres à la tradition côtière du Néolithique final et la technique de fonte directe à partir de moules à sections, particulière à la métallurgie chinoise depuis Erlitou, viendraient plutôt soutenir la thèse de l’invention locale.

Les cultures du Gansu

Mis à part quelques fragments de bronze dont l’attribution au Longshan est contestée, et ceux des cultures de Yangshao et de Majiayao plus douteux encore, un certain nombre d’ornements et de petits objets métalliques dont on ne peut remettre la date en cause ont été mis au jour au Gansu et au Qinghai, notamment dans les cultures de Qijia et de Huoshaogou.

La culture de Qijia (env. 2200-1600 av. notre ère), dont la phase finale est contemporaine des Xia, fait suite à la culture de Majiayao, tout en présentant de nombreux traits longshanoïdes dans l’habitat, les techniques céramiques et la pratique de la scapulomancie. Sur un peu moins de dix sites furent découverts des objets en cuivre et en bronze martelé ou moulé qui sont parmi les plus anciens de Chine: haches, couteaux, faucilles, poinçons, anneaux, ornements, et deux miroirs (les plus anciens à ce jour).

Les sépultures de la culture de Huoshaogou, contemporaine du Qijia final à l’ouest du Gansu, fournissent aussi un riche assemblage de petits bronzes, le plus souvent fondus, associés à des céramiques et à des objets en argent, en or, en jade, en turquoise, en pierre et en coquille, ainsi qu’à des ocarinas en terre cuite qui sont parmi les plus anciens instruments de musique connus.

Bien qu’aucun récipient en métal n’ait été mis au jour sur ces sites, certains chercheurs suggèrent l’existence de prototypes métalliques forgés pour certaines formes céramiques de Qijia et du Longshan du Henan, qui pourraient être à l’origine de la métallurgie Shang. C’est peu probable et, quoi qu’il en soit, le lien n’est pas encore établi entre la métallurgie naissante de ces régions périphériques et celle de la plaine centrale. Les seuls parallèles précis entre Qijia et Erlitou (miroirs, couteaux) portent en effet, semble-t-il dans les deux cas, sur des objets importés de cultures steppiques du Nord.

La culture d’Erlitou et les Xia

D’après les textes anciens, trois dynasties se seraient succédé aux IIIe et IIe millénaires dans le bassin du fleuve Jaune, que la naissance de l’écriture aurait alors fait entrer dans l’histoire. Plus que comme une séquence qui donnerait une idée trop linéaire du développement de la civilisation chinoise, il faudrait plutôt concevoir cette période comme la lutte entre trois cultures en partie contemporaines pour contrôler la plaine centrale. Leur phase dynastique ne représente que l’apogée ou la cristallisation de l’importance politique relative de chacune d’elles.

L’identification archéologique de la première de ces dynasties, celle des Xia, fondée selon la tradition en 2205 avant J.-C., et que l’on a longtemps cru légendaire, fait l’objet de nombreuses controverses, dans la mesure où elle repose sur une restitution à partir de données textuelles. Un certain nombre de cultures archéologiques lui ont été attribuées, qui posent elles-mêmes des problèmes de chronologie.

La principale de ces cultures, datée d’environ 2000-1500 avant J.-C., doit son nom au site d’Erlitou découvert en 1959 près de Yanshi au Henan, au cœur du territoire supposé des Xia, que les textes localisent dans le nord-ouest du Henan et dans le sud du Shanxi. Il est également situé à proximité de l’emplacement présumé de Bo, la plus ancienne capitale dynastique des Shang.

Dans l’ensemble, les auteurs s’accordent pour distinguer deux phases à Erlitou. La première, qui correspond aux niveaux I et II du site (env. 2010-1781 av. J.-C.), constitue une phase de transition avec le Longshan du Henan, confirmée depuis par la découverte du site de Xinzhai. Dans la seconde, qui comporte les niveaux III et IV (env. 1534-1324), apparaissent des éléments culturels nouveaux qui se développeront dans la culture d’Erligang des Shang, notamment l’existence d’une architecture palatiale, la scapulomancie et la pratique de sacrifices humains, la forme et les décors de certaines céramiques (bassins à fond rond, tripodes li et jia ; motifs gravés ou imprimés de spirales, poissons ou masques d’animal), la présence d’armes et de récipients en bronze, de pierres musicales et d’ornements sculptés en pierre, en jade, en turquoise et en os.

Cette seconde phase est attribuée tantôt aux Xia, tantôt aux Shang, bien qu’une autre petite cité fortifiée, découverte récemment dans le même district, soit maintenant considérée comme le Bo des Shang.

Quoi qu’il en soit, le site d’Erlitou reste fondamental pour comprendre la formation de la cité-palais qu’il porte en germe dans les ruines de son niveau III. Le principe de constructions axiales entourées de colonnades extérieures supportant l’avancée du toit et reposant sur une vaste plate-forme en terre damée tel qu’il est défini à Erlitou deviendra, en effet, la norme durant les périodes ultérieures. Il en va de même de l’organisation de la cité autour du palais où furent mis au jour des quartiers d’habitations, des puits, des fosses de stockage, des fours de potiers, des fragments de creusets en terre cuite destinés à la fonte du métal, des lingots et résidus de bronze, et de petits ateliers pour le travail de l’os et de la pierre.

Du même niveau proviennent les plus anciens récipients en bronze découverts en Chine: quatre vases à alcool jue d’assez petite taille, aux parois fines non décorées, fondus dans des moules à segments. La technique, qui deviendra de plus en plus élaborée, consiste à appliquer sur un modèle en terre cuite du futur récipient plusieurs sections d’argile humide qui, une fois durcies, constitueront les différentes pièces du moule, le modèle devenant noyau lors de la fonte. Des armes identiques à celles du début des Shang, coulées dans des moules bivalves: haches, haches-poignards et petits outils (couteaux, tarières, poinçons...) ont également été mis au jour, ainsi qu’une importante plaque circulaire en bronze incrusté de turquoise. C’est la première fois en Chine qu’est attestée l’association d’un établissement de type aristocratique palatial à des bronzes rituels et à des armes, et c’est ainsi la première clé dont nous disposons pour comprendre la véritable signification du bronze dans l’âge du bronze chinois: un critère de définition culturelle et sociale.

D’autres sites rattachés à la culture d’Erlitou ont été identifiés ces dernières années depuis le nord-ouest du Henan jusqu’au sud-ouest du Shanxi. Deux d’entre eux, Wangchenggang au Henan et Dongxiafeng au Shanxi, ont fait l’objet de fouilles intensives, qui ont permis de découvrir d’autres petites cités murées.

4. Les Shang ou l’âge du bronze dans sa maturité

Deuxième des trois dynasties, les Shang seraient originaires, selon la tradition littéraire, de la partie orientale de la Chine du Nord, ce que tendraient à confirmer les découvertes archéologiques récentes: les cultures du Néolithique final au Shandong et sur la côte orientale ont pu fournir le support social et technologique nécessaire à l’émergence de l’État Shang.

Beaucoup mieux connu que les Xia, à la fois par l’archéologie et les sources littéraires, cet État est généralement défini par les traits suivants: l’existence d’une aristocratie urbaine; les sacrifices humains; la plastromancie, développement sur carapace ou plastron de tortue des techniques divinatoires issues du Néolithique; les bronzes rituels, dont la production se développa dans le cadre du culte des ancêtres, composante majeure de la religion chinoise; la guerre, attestée par la capture de prisonniers et par le char qui apparaît en fin de période; un système d’écriture et des sépultures à chambre de bois.

La phase Erligang-Zhengzhou (Shang moyen)

Cette période est surtout représentée par les vestiges d’un mur d’enceinte en terre damée long de 7 kilomètres, et atteignant par endroits 9 mètres de hauteur et 36 mètres de largeur à la base, mis au jour au début des années 1950 à Shancheng près de Zhengzhou dans le nord du Henan. La grandeur du site, la subdivision des différentes fonctions à l’intérieur de la cité, les marques incisées sur certaines céramiques ou encore les grands tripodes en bronze découverts extra muros laissent supposer qu’il pouvait s’agir de l’une des capitales du début des Shang.

De la même période datent les vestiges de Erligang, caractérisés surtout par un type de céramique grise à décor cordé façonné à la main, comportant des tripodes li à pieds pointus et des vases yan à large ouverture. Des céramiques dures à décor géométrique imprimé rappelant celles de la côte orientale et quelques exemplaires de terres cuites à glaçure vert-jaune font alors leur apparition.

Pour la première fois, des sacrifices humains sont attestés. Des crânes coupés à mi-hauteur ont été découverts près de fondations; leur partie inférieure fournissait de la matière première aux artisans travaillant l’os. Les bronzes de cette époque, encore proches de ceux d’Erlitou, comprennent surtout des tripodes jia , jue et ding , et des vases gu en forme de calice pour boire l’alcool. Les parois encore fines de ces récipients et leur légèreté contrastent avec les vases plus solennels et architecturés de la période suivante; le décor s’organise en registres horizontaux et le masque d’un animal monstrueux aux yeux proéminents et dépourvu de mâchoire inférieure (taotie ), qui deviendra classique sous les Yin, commence à émerger d’un fond de spirales. Ces bronzes doivent être compris dans le contexte des activités rituelles spécifiques auxquelles ils participaient en tant qu’instruments de pouvoir et symboles de la légitimité dynastique, de l’ordre social et politique.

Plus au sud, le petit établissement fortifié découvert à Panlongcheng au Hubei prouve qu’il existait des ateliers métallurgiques ailleurs que dans les grands centres et témoigne de la présence des Shang jusque dans la région du Yangzi. Les tombes de Lijiazui, situées non loin de là, révèlent, par leurs coffrages sculptés, d’importantes innovations dans les modes de sépultures.

La phase Yin, environ 1400-1100 ou 1027 avant J.-C. (Shang tardif)

Le site d’Anyang au Henan, fouillé depuis 1928 et qui s’étend sur plus de 24 kilomètres carrés, est identifié à Yin (la moderne Yinxu), où Pan Geng, dix-neuvième roi Shang, aurait déplacé sa capitale et où ses descendants demeurèrent jusqu’à la chute de la dynastie en 1027.

C’est de la cité royale, mise au jour près de Xiaotun, que proviennent les quelque dix mille inscriptions oraculaires qui constituent les «archives» d’Anyang et qui nous renseignent sur les sacrifices rituels, les campagnes militaires, les expéditions de chasses, les pratiques agricoles, les rêves, les naissances, les maladies ou les constructions d’édifices qui faisaient l’objet de la divination.

Les vestiges de fonderies fouillées sur ce site couvrent plus de 5 000 mètres carrés et sont les plus vastes des Shang. L’absence de scories de cuivre laisse supposer que le minerai devait être raffiné directement sur les lieux d’extraction.

À l’ouest de la zone palatiale, la découverte en 1976 de la tombe non violée de Fu Hao (ou Fu Zi), l’une des épouses du roi Wu Ding, qui fut aussi célèbre comme général d’armée et représenta son mari dans diverses affaires d’État, a considérablement fait évoluer notre connaissance de cette période. C’est, à ce jour, la seule tombe intacte d’un membre de la famille royale Shang qui nous soit parvenue, et l’exceptionnelle richesse de son mobilier funéraire (plus de 1 600 objets et près de 7 000 cauris) a permis la révision partielle de la périodisation des os divinatoires et des bronzes Shang (cf. ANYANG, in Universalia 1979 ). Il se compose principalement d’armes et d’objets en bronze souvent inscrits au nom de la morte (vases rituels, cloches, miroirs, spatules, tigres en ronde-bosse, etc.), de jades et de pierres sculptés, de coupes à boire en ivoire incrusté de turquoise, de pointes de flèche et d’épingles à cheveux en os, de perles d’opale, et de quelques céramiques et ocarinas en terre cuite. Les quatre miroirs sont parmi les plus anciens connus en Chine avec ceux de la culture Qijia. Ce riche inventaire montre que le bronze n’était pas le seul support de l’art Shang, qui se caractérise par une très grande diversité de matériaux, même si les motifs qui ornent les jades, les sculptures sur os et sur pierre et la céramique imitent ceux des bronzes. Les disques bi , symboles du ciel et du pouvoir, les longs couteaux, les sceptres et les haches en jade poli étaient destinés à un usage cérémoniel. Les amulettes en forme d’animaux sont particulièrement abondantes durant la période d’Anyang. Seize victimes humaines et six chiens étaient inhumés à l’intérieur de la fosse, comme il était d’usage à l’époque.

De très nombreuses victimes sacrifiées ont été mises au jour également autour de la tombe de Wuguangcun, à l’est de la nécropole royale de Xibeigang, où toutes les grandes tombes, munies de deux ou quatre rampes d’accès, sont orientées nord-sud. D’autres sépultures ont livré des chars attelés de chevaux harnachés, typiques de la période d’Anyang, qui auront une longue postérité, tout comme les cloches nao sans battant posées sur un manche court mises au jour dans la tombe de Fu Hao.

Le bronze étant réservé au rituel et à la guerre, aucun changement notable n’apparaît alors dans l’outillage qui comporte principalement, comme dans les phases précédentes, des bâtons à fouir, des houes et des faucilles en pierre et en coquillage. L’agriculture reste fondée sur le millet, le blé et l’orge; le soja apparaît à l’extrême fin de la dynastie.

Au Shang tardif, l’élevage du ver à soie est attesté par les inscriptions oraculaires, et des broderies à décor de vagues et de losanges ont été découvertes. La soie existait d’ailleurs probablement déjà dans la culture de Longshan où des cocons ont été exhumés au cours de fouilles. La laque également fait son apparition; appliquée sur bois mais aussi sur des terres cuites et des bronzes, elle emprunte à ces derniers ses thèmes décoratifs (masque de taotie , dragons, spirales, etc.), le jeu sur différents reliefs, et la technique de l’incrustation.

À l’extérieur de la région métropolitaine d’Anyang, d’importantes découvertes ont également été faites, tant dans le Nord, comme à Gaocheng au Hebei ou à Liujiahe près de Pinggu dans la région de Pékin, à Shilou au Shanxi et à Yidu au Shandong, que dans le Nord-Ouest, à Suide au Shaanxi, et dans le Sud, comme à Ningxiang au Hunan ou à Wucheng au Jiangxi. Tous ces sites témoignent à la fois du rayonnement culturel des Shang et de l’originalité de certaines régions, surtout du Sud (Hunan, Hubei, Jiangxi, Anhui, Zhejiang et Jiangsu) qui surent développer un vocabulaire formel bien particulier, souvent assez flamboyant. On peut ainsi supposer l’existence à cette époque de réseaux d’échanges commerciaux et techniques à longue distance.

Parmi les traits propres aux régions méridionales, on notera la fréquence des décors de tigres en trois dimensions, notamment sur les anses des récipients, et surtout la prééminence de cloches en bronze souvent monumentales. C’est du Sud également (Chongyang au Hubei) que provient le seul tambour en bronze actuellement connu en Chine (avec celui de la collection Sumitomo au Japon dont on ignore le lieu d’origine).

D’autres découvertes, plus périphériques encore, montrent en outre l’existence de traditions locales indépendantes de la civilisation Shang mais néanmoins parfois en lointain contact avec elle, issues du développement de substrats néolithiques régionaux à l’âge du bronze. Nous citerons pour exemple la culture de Xiajiadian en Mongolie intérieure, celles de Xindian, de Siwa, puis de Shajing au Gansu, de Qiayao et de Nuomuhong au Qinghai, en partie issues de la culture de Qijia, et qui constituent les ultimes manifestations de la tradition néolithique des céramiques peintes.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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